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Samora Machel


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3 congres du Frelimo - affiche

Samora Machel et la Révolution démocratique populaire

Patrice Deramaix

Samora Machel

samora machel - discours

Samora Machel est issu d'une famille paysanne de la province de Gaza. Il naquit en 1933 dans le village de Xilembe, près de la vallée de Limpopo. Ses grands-parents et arrières grands-parents participèrent à la résistance anticoloniale. C'est dire qu'il fut nourrit dès l'enfance de sentiments patriotiques d'autant plus que sa famille fut expulsée des terres fertiles de Limpopo par le gouvernement colonial qui voulait y installer des colons portugais. Samora Machel accomplit sa scolarité primaire chez les missionnaires et fut envoyé au séminaire pour entamer des études secondaires. Ce qu'il refusa et le jeune Samora Machel entama des études d'infirmier, en cours du soir.

Lutte de libération

En 1960, les décolonisations africaines, les guerres anti-impérialistes menées au Asie du Sud-Est, le début de la lutte armée en Angola, constituèrent des catalyseurs du mouvement indépendantiste au Mozambique. Samora Machel adhéra rapidement au Frelimo (Frente de Libertação de Moçambique), fondé en 1962 sous la direction de Edouardo Mondlane, et fit partie des premiers groupes armés qui s'entraînaient en Algérie. On le décrit comme un guerillero déterminé, organisant dès 1964 la lutte armée, sélectionnant les combattant et organisant l'infiltration de l'ennemi. En 1965, il dirige les opérations menées dans le Secteur oriental de Niassa et organisa ensuite le centre de préparation politico-militaire de Nachingwea, vivier des cadres de la révolution mozambicaine. Après l'assassinat de Filipe Magaia, Samora Machel fut désigné comme secrétaire du département de la défense et entra au comité central du Frelimo. Machel attachait une grande importance à la formation politique des combattants, estimant que la lutte ne consistait pas seulement à éradiquer le colonialisme, mais qu'il fallait construire une forme nouvelle de société où les structures archaïques seraient abolies au profit d'un système socialiste et populaire. La création et la gestion des zones libérées étaient en quelque sorte le laboratoire du Mozambique indépendant. Ce qui n'allait pas sans mal puisqu'à la répression colonialiste s'ajoutait les tensions internes, la lutte interne au Frelimo (qui était un front multipartidaire) pour écarter (au besoin par la force) les éléments considérés comme contre-révolutionnaires. Certains de ceux-ci trahirent et s'allièrent aux colonialistes pour assassiner certains dirigeants du Frelimo comme Sansao Muthemba ou Paulo Kankhomba. C'est dans ce contexte que Eduardo Mondlane fut assassiné par un coli piégé, sans doute envoyé par les services secrets portugais. En mai 1970, le Comité central du Frelimo avait réussi à écarter les contre-révolutionnaires et à préserver l'unité du parti. Il constitua un conseil de la Présidence et fit élire Samora Machel à la tête du mouvement. La transformation de la lutte de libération nationale en révolution démocratique et populaire pouvait s'accomplir avec succès puisque en 1974 les accords de Lusaka, accordant l'indépendance aux colonies portugaises, furent signés. L'indépendance fut le fruit de la lutte armée, mais cette victoire résulte de la "révolution des oeillets" d'avril 1974 au Portugal.

Construction du socialisme

samora machel - discours

Immédiatement après l'indépendance, en 1975, un Etat socialiste ouvrier-paysan est instauré : la terre est nationalisée, l'éducation, la santé et la justice sont étatisés. Les immeubles de rendement sont nationalisés et géré comme des habitations sociales dont le loyer est proportionnel aux revenus et les conquêtes révolutionnaires des zones libérées étendues à tout le territoire. Cette orientation radicale n'était pas sans effrayer les colons. Après une tentative avortée, avant 1975, d'un coup d'Etat destiné à instaurer un régime à la "rhodésienne", les colons retournèrent en masse dans la métropole abandonnant (et sabotant parfois) toute l'infrastructure économique. Par ailleurs, le Frelimo s'était imposé comme l'unique représentant du peuple Mozambicain, se posant comme parti unique d'avant-garde et écartant brutalement les opposants comme Uria Simongo. Ce dernier était un des fondateurs du Frelimo et succéda à la présidence du Frelimo à la mort de Eduardo Mondlane, en 1969, mais sa position fut contestée et un triumvirat, comportant Samora Machel et Marcellino de Santos fut instauré à la direction du mouvement. Le conflit interne au Frelimo devint fratricide et Uria Simongo, écarté du pouvoir, s'exila en Egypte. A l'indépendance du Mozambique, il revint au pays dans l'espoir de fonder un parti concurrent du Frelimo, le"Parti de la coalition nationale" (PCN), favorable à une démocratie multipartidaire. Accusé de trahison et forcé à une confession publique, il fut déporté dans un camp de rééducation et exécuté sommairement.

lSous la direction de Samora Machel, le Frelimo avait pris une orientation nettement marxiste, se définissant lors du 3e congrès, comme le parti d'avant-garde d'une république populaire. La formation théorique de Samora Machel restait certes schématique, mais elle s'appuyait sur une inébranlable volonté d'émancipation populaire. On vit fleurir dans chaque quartier des comités dynamisateurs où se discutaient et résolvaient les problèmes concrets vécus par les habitants. Les campagnes furent réorganisées sur le modèle des communes populaires. Ce qui n'allait pas sans ébranler les structures traditionnelles de la société africaine où les chefs coutumiers (les "régulos") détenait un certain pouvoir et servaient, en temps colonial, de médiateurs entre le pouvoir colonial et les "indigènes". On attacha un effort particulier à l'enseignement, avec l'appui intensif de la coopération internationale, non seulement l'appui des états socialistes, mais aussi celui de nombreux coopérants - brigades internationales pacifiques - venus de tous horizons. La santé devint pratiquement gratuite, et à la pénurie de médecins, on répondit par la formation accélérées de travailleurs de la santé aptes à répondre aux besoins basiques de la population. Les biens de consommation allaient être distribués par le biais de coopératives. Tant l'économie que les structures étatiques étaient plus ou moins calqués sur le modèle soviétique et cubain.

Difficultés et dérives

On ne peut pas dire que ce fut un grand succès : la productivité des entreprises baissa considérablement, à cause du manque de main d'oeuvre qualifiée et des difficultés de maintenance et de modernisation des outils, mais aussi en raison du caractère bureaucratique de l'organisation économique. Sans doute, un sabotage sournois ou l'apparition d'un marché noir jouaient leur rôle dans la pénurie des biens alimentaires que l'on observait dans les villes. Les syndicats corporatistes hérités de l'ère coloniale furent abolis au profit des Conseils de production chargés de contrôler la main-d’œuvre et intervenant au sein de l’assemblée générale ouvrière d’entreprise (dépourvue de pouvoir). Ceux-ci furent tardivement groupés en 1983 en une centrale unique, l’Organisation des travailleurs du Mozambique (OTM, Organização dos trabalhadores de Moçambique).

Pour contrer le chômage et le désoeuvrement dans les banlieues des villes, le gouvernement avait décidé "l'opération production", c'est-à-dire le déplacement des chômeurs vers les campagnes, dans l'intention de les atteler à la production agricole. L'opération avait été menée de manière coercitive et sans préparation logistique. On se s'improvise pas agriculteur, même s'il s'agit d'agriculture traditionnelle de subsistance, sans que habitations et outillages soient dûment fournis. Des chômeurs furent livrés à eux-mêmes dans la brousse et l'opération aboutit parfois à un désastre humain. Dans d'autre cas ils furent intégrés dans des villages existants. Il est indéniable que les luttes internes au Frelimo avaient pris, durant la guerre de libération anticoloniale, un tour violent et que des opposants furent éliminés. De même, durant les premières années d'indépendance, le tribunal suprême révolutionnaire avait condamné à mort des "traitres", "espions" et des "saboteurs". Un système de camp de rééducation était instauré. Les conditions de détention étaient certes dures mais généralement le pouvoir cherchait à récuperer les détenus (politiques ou de droit commun) qui étaient libérés.

Contre l'apartheid et le néo-colonialisme

Sur le plan international, Samora Machel fut un artisan de la ligne de front, c'est-à-dire une coalition d'Etat voisins de l'Afrique du Sud formés dans le but d'encercler le régime d'apartheid et de constituer une base arrière aux mouvements anti-apartheid. Le régime rhodésien (celui de Jan Smith), qui avait proclamé unilatéralement l'indépendance pour instaurer un régime blanc, était en butte à une résistance nationaliste armée. Accueillant des exilés contre-révolutionnaires mozambicains, le gouvernement rhodésien encouragea, par l'entremise de ses services secrets, une rébellion antimarxiste armée. La Renamo, produit des services secrets rhodésiens, commença à mener des actions de terreur au Mozambique : massacre de population, destruction d'écoles et d'hôpitaux, enrôlement forcé de villageois dans les troupes ... une guerre particulièrement cruelle allait en quelques années ensanglanter le Mozambique et ruiner son économie. La Renamo était certes un instrument des Etats racistes voisins, mais il parvint à s'implanter dans certaines provinces en s'appuyant sur les populations rurales traditionalistes déstabilisées par la politique centralisée du gouvernement mozambicain.

L'appui du Frelimo aux mouvements de libération de Zimbabwe et d'Afrique du Sud fut payé lourdement par plusieurs attaques aériennes sud-africaines et diverses actions terroristes, dont l'attaque, par une unité spéciale, du bureau des représentant de l'ANC à Maputo et l'attentat à la bombe qui tua Ruth First. La fondation du SADCC (Southern African Development Coordination Conference) avait pour but de contrer la politique sud-africaine d'isolement économique des pays voisins marxistes, en regroupant par des accords de coopération régionale les pays entourant l'Afrique du Sud.

1984 est une date clé dans l'histoire du Mozambique. Les accords de N'komati marquent un tournant dans les relations du Mozambique et l'Afrique du Sud. Ce pacte de non agression et de bon voisinage entre les deux pays impliquait que l'Afrique du Sud cessa d'agresser le Mozambique et d'appuyer la Renamo. En contrepartie duquel le Mozambique se devait de ne plus servir de sanctuaire à l'ANC. La Rhodésie vit le régime blanc s'effondrer à la suite des accords de Lancaster house (1979). Le gouvernement de Ian Smith et les mouvements rebelles zimbabwéen avaient conclu en 1977 un accord pour l'établissement d'un Etat multiracial. La Rhodésie réintégra brièvement le giron de la Grande-Bretagne avant de voir son indépendance accordée en 1980. La Rhodésie prit le nom de Zimbabwe et Mugabe devint premier ministre avant de devenir président en 1987, au terme d'une guerre civile opposant les deux mouvements nationalistes zimbabwéens. Cette nouvelle donne géopolitique n'empêcha pas le mouvement rebelle Renamo de continuer à sévir. La guerre s'étendait sur le territoire mozambicain au point que le gouvernement perdit le contrôle sur une grande partie du territoire. Au centre du pays, seul le "corridor de Beira", étroite bande de communication routière et ferroviaire reliant Beira à la capitale de la Zimbabwe, restait plus ou moins sécurisées par la présence de troupe zimbabwéennes destinées à empêcher les attaques de la Renamo sur ces voies de communication vitales.

Accident ou attentat ?

Le 19 octobre 1986, lors du retour d'une rencontre internationale tenue à Lusaka (Zambie) des pays de la Ligne de front, le Tupolev Tu-134 présidentiel s'écrasa sur les monts Lebombo, près de Mbuzini, en République sud-africaine. Le désastre laissa dix survivants, mais le président Samora Machel périt, ainsi que 24 autres passagers, dont des ministres et officiels gouvernementaux mozambicains. Les circonstances de la mort tragique de Samora Machel laissent planer un doute. La Commission Margo, mis en place par le gouvernement Sud-Africain, a enquêté et conclut que l'accident est dû a une erreur de pilotage. Malgré l'acceptation de cette thèse par l'International Civil Aviation Organization, le rapport fut rejeté par les gouvernements mozambicains et de l'URSS. Ces derniers ont produit un rapport "de minorité" suggérant que l'avion fut délibérément détourné de son vol normal par la mise en place d'une balise radio. Trompé par les signaux erronés le pilote avait adopté une altitude trop basse, provoquant le crash fatal. Accident ou sabotage sud-africai ? on ne sait encore. Un agent des services secrets sud-africains,Hans Louw (du Civil Cooperation Bureau ) affirma cependant avoir contribué à l'assassinat de Samora Machel et l'on préconise de réouvrir l'enquête.

La mort du président Samora Machel plongea le pays dans le deuil. Cette tragégie clôt une phase historique. Certes la guerre interne qui déchirait le pays allait se prolonger durant huit longues années, mais les prémisses d'une transformation radicale était déjà en place. Le gouvernement sud-africain commençait à comprendre que le régime d'apartheid n'était plus viable. L'Union soviétique entamait sa pérestroïka qui allait aboutir à la dislocation du régime communiste. Lors de son quatrième Congrès en 1983, le Frelimo reconnaissait l'échec économique de la transformation socialiste du pays, et au Congrès suivant, en 1989, le parti abandonna toute référence au marxisme léninisme, se transformant en parti social-démocrate. Le successeur de Samora Machel fut Joachim Chissano, un homme de conciliation qui parvint à conclure la paix avec la Renamo, assurant la transformation du régime mozambicain en un régime pluraliste, démocratique et libéral. Les premières élections libres et multipartidaires, où la Renamo constituait le principal parti d'opposition, vit une victoire indéniable du Frelimo.

Figure du nationalisme africain

Samora Machel est une des figures marquantes du tiers-mondisme socialiste, un leader dont le style d'intervention publique est proche de celui de Fidel Castro. Par son style oratoire populiste et imprégné d'humour sarcastique il savait soulever l'enthousiasme des foules. Par sa politique déterminée et pragmatique, il a assuré l'indépendance du Mozambique et assuré un pouvoir populaire. Sa volonté d'émancipation populaire était indéniable en dépit du caractère centralisé et autoritaire du régime.Jusqu'à la généralisation de la guerre civile, où le peuple était acculé à la famine, le socialisme mozambicain soulevait l'enthousiasme et l'approbation des masses, en dépit des difficultés économiques et des pénuries. La mobilisation était joyeuse. La parole se libérait de la chape de plomb du colonialisme portugais, et une effervescence créatrice se manifestait dans les milieux intellectuels et artistiques.

Si le bilan économique et politique de la période marxiste-léniniste peut être discuté, Samora Machel apparaît encore comme un exemple d'intégrité politique mis au service d'une nation libérée et unifiée, qui faisait fi des clivages régionaux et tribaux, qui tournait le dos à l'archaïsme des sociétés traditionnelles et cherchait à créer un modèle d'"homme nouveau". Un idéal bien oublié au terme de quelques années de libéralisme économique.

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