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Les Timbila Chopi et le rituel Gule Wamkulu

Adoptée par l'UNESCO en 1972, la Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel concernait exclusivement la préservation du patrimoine matériel. Il apparut rapidement qu'il fallait se préoccuper de la sauvegarde des traditions orales – langues et cultures précaires, techniques artisanales, contes et récits de littérature orales, fêtes et cérémonies. Ce patrimoine est fragilisé par la modernisation et la standardisation des produits culturels.
A l'initiative d'intellectuels marocains, s'était tenu à Marrakech il y a 10 ans, une réunion d'experts au cours de laquelle le concept de « patrimoine oral de l'humanité » fut défini. Il y fut décidé de proclamer les « chefs-d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité »
Une première liste de candidatures fut déposée en 2001 par les Etats et une nouvelle liste est établie tous les deux ans par un jury international. Les chef-d'oeuvres proposés doivent être une expression vivante ou menacée, et faire l'objet de programmes de préservation et de promotion. En 2006, la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, adoptée en 2003, entre en vigueur. Elle se substituera à la proclamation biennale à travers la création d'une Liste annuelle de chef-d'oeuvres à partir de 2008 ou 2009. Le Mozambique est à l'honneur avec deux chef d'oeuvre : les Timbila Chopi et le rituel Gule Wamkulu pratiqué au Mozambique, en Zambie et au Malawi.

les xylophones mozambicains : timbila

Le mot timbila est un pluriel, au singulier on dit Mbila

Les timbila sont des instruments en bois, confectionnés et accordés avec le plus grand soin. Ils sont fabriqués en mwenje, un arbre à croissance lente dont le bois a une grande résonance. Chaque lame de bois repose sur une calebasse qui fait office de résonateur. Elle est fixée à l’aide de cire d’abeille et imprégnée d’huile de nkuso, conférant à l’instrument sa riche sonorité nasale et ses vibrations caractéristiques. Les lames aux sonorités les plus graves peuvent mesurer près d'un mètre.

La pratique des timbila est attestée dès le 16e siècle par les missionnaires portugais. C'est un des rares exemples d'une orchestration de xylophones en Afrique. Les ensembles se composent de 5 à 15 xylophones. Les registres sont variés : chilandzane pour les parties aiguës et solistes, dibhinda pour l'accompagnement en contrepoint et chikulu pour la basse.

Les communautés Chopi, établies principalement dans la province d’Inhambane, dans le sud du Mozambique, sont réputées pour leur musique orchestrale. Leurs orchestres sont composés de cinq à trente xylophones en bois appelés timbila (mbila au singulier), de tailles et tonalités différentes.

Les musiciens sont aussi bien des maîtres que des apprentis de tous âges, les enfants jouant aux côtés de leurs grands-pères. Chaque année, plusieurs nouveaux morceaux sont composés et interprétés lors de mariages et autres événements sociaux. Les rythmes, à l’intérieur de chaque thème, sont extrêmement complexes si bien que le musicien exécute souvent des rythmes différents avec chaque main. C'est une musique de divertissement à l'occasion de mariages et de fête, mais les timbila interviennent aussi dans des cérémonies de commémoration des ancêtres. C'est à ce titre qu'ils jouent un rôle primordial dans la conservation et la transmission de la culture Chopi.

La musique des orchestres de timbila témoigne d'une tradition bien vivante et en perpétuel renouvellement. En effet, chaque année, les maîtres de timbila enrichissent le répertoire de pièces nouvelles qui sont jouées lors des fêtes de village et des mariages.Les compositions, qui durent près d’une heure, alternent des solos et des parties orchestrales sur différents tempos. Des danses timbila associées à la musique sont exécutées par deux à douze danseurs devant l’orchestre. Tout concert de timbila commence par le m’zeno, un chant solennel entonné par les danseurs que les musiciens accompagnent en sourdine sur un rythme lent. Les textes, souvent sarcastiques, évoquent avec humour les problèmes sociaux contemporains et rendent compte des événements survenus au sein de la communauté. La plupart des joueurs expérimentés de timbila sont âgés.

Si plusieurs maîtres ont commencé à former de jeunes musiciens et ont intégré des filles dans les orchestres et groupes de danse, les jeunes perdent de plus en plus le contact avec ce patrimoine culturel. En outre, la déforestation raréfie le bois nécessaire pour produire la sonorité particulière de ces instruments.

Les orchestres de Timbila des communautés Chopi ont été proposés et accepté par l'Unesco comme patrimoine immatériel mondial de l'humanité. Ce statut engage le Mozambique a assurer un soutien et une protection juridique à une tradition musicale de grande richesse, mais progressivement délaissée. Chaque année, au printemps, le festival de Timbila de Zavala, au cœur de la région Chope, rassemble les meilleurs orchestres de Timbila. Au cours de ce msaho (rencontre des amis), les orchestres présentent leurs nouvelles créations et se mesurent les uns aux autres. Des jeunes musiciens intègrent les timbilas dans la world music et des orchestres se produisent internationalement tel l’ensemble Ta Zandamela du Zambèze ou le groupe Timbila Muzimba).


documentaire sur les Timbila chopi, par l'UNESCO


Le Gule Wamkulu

Gule Wamkulu

Il s'agit d'une danse rituelle, faisant partie d'un culte initiatique secrète, pratiquée depuis des siècles (on a la preuve qu'il existait au 17e siècle) par les Chewa, une population du Nord de la Zambie, du Malawi et du Mozambique. Il est dansé par les membres, tous masculins, d'une confrérie secrète, les Nyau, qui jouait un rôle de solidarité masculine dans la société matrilinéaire Chewa.

Le Gule Wamkulu fête la fin de l'initiation des garçons et marque leur intégration dans la société des adultes. Il est exécuté après la moisson de juillet et accompagne non seulement les rites d'initiation mais aussi les mariages, les funérailles ou l'intronisation d'un chef. Les danseurs Nyau porte des costumes et des masques de bois et de paille qui représentent diverses figures : animaux, esprits des morts, marchands d'esclaves ou objets symboliques parfois inspiré de la culture européenne : l'hélicoptère ou la « honda » font ainsi actuellement partie de la mascarade. Ces figures représentent souvent un personnage malfaisant correspondant à des formes de méconduite, ce qui permet de divulguer des valeurs morales et sociales. Les danses exécutées avec énergie divertissent et effraient le public

Les Chewa attribuent la création des êtres vivants à Chiuta, un dieu qui habite le mont Kapirintiwa qui se trouve aux frontières du Malawi et du Mozambique. Ancêtres et esprits restent en contact avec le monde vivant à travers le Gule Wamkulu. La cérémonie consiste en des danses organisées formellement pour démontrer les capacités physiques des danseurs, qui résultent, pour les adeptes, de leur état spirituel.

De façon plus informelle, des groupes de 4 ou 5 personnes masquées sortent dans les villages où elles sont considérées comme dans un état animal ou ancestral. Elles sont susceptibles d'entrainer les imprudents qui les croiseraient dans le cimetière à des fins rituelles. Pour éviter ce mauvais sort, les passants qui croiseraient un Gule sur la route leur jette quelque pièce de monnaie. Toujours actives, les sociétés Nyau ont su résister aux tentatives coloniales et missionnaires d'éradiquer leur rituel animiste. En fait, il arrive souvent que les hommes Chewa participent à la fois fois d'une église chrétienne et d'une société Nyau.


documentaire sur le Gule Wamkulu, en anglais, par UNESCO