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La plupart des paysans réensemencent avec le surplus des récoltes de la saison précédente. Des compagnies, telles que le SEMOC, SEEDCO et Panner, fournissent des semences aux agriculteurs mais le taux d'adoption de ces semences est assez bas. Seuls de rares fermiers, proche des villes et des frontières avec le Malawi ou le Zimbabwe utilisent des semences améliorées, des engrais ou des pesticides et ont accès aux institutions de crédits. Le ministre de l'agriculture et du développement rural a distribué des semences et organisé des foires agricoles, ce qui répondit partiellement aux besoins causés par les sécheresses de l'année dernière. En fait, la pénurie en semence n'a pas été signalée comme un problème majeur. Il n'y a pas eu de gros problèmes de maladies végétales ou d'épizootie durant la saison 2002/2003, sinon le "Cassava brown streak disease" (maladie transmise par un diptère qui se présente comme des marbrures brunes sur les feuilles de manioc), la cochenille du manioc (phenacoccus manihoti) et d'autres parasites comme l'aproarema modicella, un ver qui ronge les feuilles. Les oiseaux, comme le Quelea, qui se nourrissent de grains de riz, contribuent aussi aux difficultés des paysans. Le MADER tente d'introduire la production d'une variété de manioc résistante aux parasites.

productions agricoles

Mis à part le millet, la production agricole est stable, mais celle-ci est inégalement réparties suivant les régions. Les provinces du Sud ont vu certaines productions baisser de près de 40 % (maïs, millet), ou de 26 % comme le sorgho. tandis que la production de haricots recule de 17 %, entre 2001/02 et 2002/03. Seule, la production de riz (paddy) échappe à cette baisse.

La production globale de céréales (mais, sorgho, millet et riz) est estimée pour 2002/2003 à 1.810.946 tonnes. La maïs en constitue la plus grande part : 69 %, suivi par le sorgho, 20 % et le riz, 11 % . La production totale du mais, estimée à 1.248.000 tonnes, a augmenté de 1 % par rapport à l'année précédente, mais dans les provinces centrales et du sud, les surfaces agricoles perdues en raison de la sécheresse ont été évaluées à 165.000 ha. On s'attend à une baisse de la production de millet et sorgho mais, au contraire, le riz, qui bénéficie des pluies, verrait sa production augmenter de 19 %. Les chutes de production agricole entre 2001 et 2003 concernent surtout les provinces du Sud, exception faite pour le riz.

Au niveau de l'élevage, la production consiste en bétail, chèvres, porcs, moutons et volailles (poules et canards). En 2000, 700.000 têtes de bestiaux étaient concentrées dans le centre et le sud, et 5 millions de chèvres dans le centre. L'élevage porcin s'élève ) près de 2.400.000 de têtes et l'élevage ovin se limite à 174.096 bêtes. Le petit élevage est répandu dans tout le pays.

superficie des surfaces agricoles selon les produits cultivés

produit
superficie en ha.
mais
1.356.177
sorgho
515.342
millet
105.821
riz
178.992
haricots
424.633
arachides
292.537
manioc
1.045.625
   


principales productions agricoles, en milliers de tonnes pour l'ensemble du pays.

produit
2001/2002
2002/2003
mais
1.235.658
1.257.897
sorgho
314.136
314.589
millet
49.499
48.021
riz
167.925
200.439
haricots
177.356
179.553
arachides
109.787
109.915
manioc
5.924.550
6.149.897

l'agriculture au Mozambique

potentialités et défis.

20 juillet 2003

Dans le cadre du Africa Hunger alert, une mission s'est rendue au Mozambique pour évaluer les besoins alimentaires. Ce rapport, publié par le World Food Programme et par la FAO, présente les principales ressources agricoles, fait le point sur les disponibilités alimentaires, et donne quelques recommandations. Nous en tirons l'essentiel de nos données.

une riche potentialité agricole

Le Mozambique est un des pays potentiellement très riche sur le plan agricole. 45 % de sa superficie (789.800 km2) pourraient être mis à disposition pour l'agriculture, mais seuls 11 % sont exploités. L'économie mozambicaine est essentiellement rurale : 80 % de la main d'oeuvre relèvent du secteur primaire et l'agriculture assure la subsistance de la grande majorité des habitant, tout en étant une importante source de revenus dans le commerce externe. L'agriculture produit en fait 65 % du produit intérieur brut. La plus grande part des terres non exploitées se situent dans le centre et le nord du pays.

Les conditions climatiques et géographiques sont favorables. La diversité des sols rendent possible la culture de plusieurs variétés de produits et le climat est diversifié selon les régions. Le régime des pluies est de grande importance pour une production qui dépend largement des variations saisonnières. La plupart du temps, la saison des récoltes s'étend entre septembre et mars, mais certaines régions peuvent bénéficier d'une seconde récolte.

97 % de la production relève d'une agriculture de subsistance. Les fermes disposent en moyenne de 1,2 hectares et peu d'exploitations agricoles sont orientées vers la commercialisation. L'usage de semences sélectionnées, engrais, pesticides est très limité et le rendement est généralement bas. Les terres sont générales cultivées de manière artisanale, à la houe, quoique en certaines régions, la charrue à boeuf est utilisée, quoique de manière limitée.

Le maïs est le principal produit agricole dans tout le pays. Les autres céréales et produits agricoles comprennent le riz, le sorgho, le millet, le manioc, des patates douces, des haricots et une grande variété de légumes. Le manioc est cultivé principalement dans le nord du pays mais le gouvernement l'a introduit avec la patate douce dans d'autres régions sujets à sécheresse. Les produits agricoles exportés sont le tabac, le coton, la noix de caju, le sucre, le coprah, le thé et le citron. Bétail, chèvres, porcs, moutons et volaille sont les produits d'élevage les plus répandus

Des conditions difficiles

Le développement agricole rencontre plusieurs obstacles. En principe, et c'est un héritage de l'économie socialiste, la terre est propriété de l'Etat qui en cède des parcelles à des individus ou à des compagnies pour au maximum 50 ans, avec possibilité de renouvellement. Même si cette gestion protège les petites exploitations et permet d'éviter un certain nombre de conflits, le système de leasing empêcherait, selon les investisseurs, la croissance économique. En effet, aucune spéculation sur la terre est possible et on ne investir pour en tirer un financement collatéral.

Par contre, on constate que l'appartenance étatique de la terre a permis d'éviter qu'apparaissent des conflits - contentieux sur la propriété - vécus par les pays voisins. Pourtant des occupations illégales des terrains en friche ne sont pas rares. La guerre civile et ses conséquences est aussi un facteur d'immobilisme. Elle a provoqué une dispersion des populations et une dislocation des communautés rurales et la présence de mines antipersonnelles empêche en bien des endroits l'exploitation agricole. Ce qui explique que la redistribution des parcelles est loin d'être achevée.

Le cas du maïs.

Le Mozambique a souffert ces dernières années de conditions climatiques extrêmement défavorables. On a encore en mémoire les désastres des inondations de 2000 qui ont anéanti en quelques mois les progrès économiques effectués depuis la fin de la guerre. Progressivement, les victimes des inondations ont été relogées et les communautés rurales ou périurbaines reconstituées grâce à l'assistance internationale. Les deux dernières saisons ont connu une perturbation du régime des pluies, qui a provoqué de la sécheresse dans les provinces du Sud (Inhambane, Gaza, Maputo), mais aussi des précipitations surabondantes, très localisées dans le temps, dans d'autres régions. En gros les provinces du Nord n'ont pas souffert, leur production agricole est même en boni par rapport aux années précédentes, mais le coût des transports et les difficultés logistiques rendent difficile, voire impossible, la distribution des surplus.

Le coût des transport rend non compétitif le transport du maïs du Nord ou du Centre vers le Sud comparativement à l'importation du maïs sud-africain. En 2002/2003 le niveau des prix était plus élevé que lors des précédentes années à cause d'une forte demande de la part des pays limitrophes - Malawi et Zambia - et de la faiblesse des surplus dans le Sud. Au Centre et au Nord, la récolte 2003 qui s'annonce meilleure, ce qui permet d'inverser la tendance. Mais au Sud, où la production a baissé depuis 3 ans consécutifs, les prix restent élevés.

Le tableau global qui permet que la situation en 2003 reste satisfaisante masque les disparités régionales : les 18 % d'accroissement de la production de maïs dans le nord cachent mal la baisse de production au sud, qui atteint 40 %. Un schéma analogue s'observe pour le millet et le sorgho. Ce qui fait que le Sud doit affronter des périodes de pénurie coincidant avec un important surplus au nord. Ce qui rend crucial la problématique des transports : les fermiers du nord ont des difficultés pour commercialiser leur surplus tout en bénéficiant, en tant que consommateur, d'une baisse des prix de nourriture, tandis que le Sud voit les prix s'envoler.

Une exportation informelle mais significative du maïs a lieu vers les pays voisins, qui reflète le caractrèe compétitif des prix mozambicains. Le Zimbabwe représente aussi un marché potentiel mais les conditions économiques actuellement difficile de ce pays est un obstacle à l'établissement de liens commerciaux. Les besoins restent important pour le maïs : 144.000 pour le Sud, mais étant donné l'existence de surplus, l'aide pourrait prendre la forme de transactions internes, du Nord du Mozambique vers les provinces du Sud, malgré cette possibilité, il restera 73.000 tonnes à fournir de l'extérieur.

Les causes et remèdes de l'insécurité alimentaire.

Pour le WFP/FA0, le haut niveau d'insécurité alimentaire a des causes climatiques mais aussi stricturelles. La sécheresse a provoqué une baisse de production dans le Sud avec un cumul d'impact pour les 3 dernières années. D'autre part, il y a une prévalence d'épizootie qui amènent à des mesures de quarantaine et d'isolement régional, ce qui empêche la commercialisation. Les difficultés de transport, l'absence ou la médiocrité de l'infrastructure, entraine un isolement des producteurs et un surcoût de la distribution. De plus, les problèmes sanitaires globaux, dont l'épidémie de Sida, a un impact négatif sur la productivité. La baisse du niveau de vie et de pouvoir d'achat au Zimbabwé entraine aussi une baisse des exportations vers ce pays. Une restriction de la politique sud-africaine d'accueil des migrants entraine en retour un manque à gagner pour le Mozambique. Enfin le rapport cite aussi une baisse des ressources naturelles - la chasse, la pêche et la cueillette sont des ressources de substitution durant la période de soudure.

En gros, la mission du WFP/FAO estime à 788.000 le nombre de personnes qui nécessitent d'une aide alimentaire urgente. Ce chiffre pourra augmenter à près d'un million en octobre prochain. Cela représente 30 % de la population des districts affectés, au Centre et au Sud, mais seulement 5 % de la population totale.

Le WPF recommande une amélioration de l'infrastructure routière, une aide technique aux fermier pour améliorer les procédés de stockage, permettant de minimiser les pertes, un abaissement des taxes locales sur la commercialisation, l'aide à une diversification des activités là où c'est possible : mêlant agriculture, élevage et pêche, association la culture de produit à cycles longs à d'autres produits à cycle court, améliorer la captation d'eau et l'irrigation et améliorer les procédures d'information et de prévision des récoltes. Enfin, il suggère aussi d'explorer des alternatives à la culture du manioc.

L'agriculture mozambicaine a des potentialités énormes mais doit relever de nombreux défis. Les investissements doivent se concentrer sur l'amélioration de l'infrastructure basique, incluent les réseaux d'irrigation, les dispositifs de stockage, des abattoirs et des services vétérinaires. Il faut renouveler le cheptel dont les effectifs actuels sont de loin inférieur à ce que le Mozambique comptait avant l'indépendance. Le secteur commercial de production agricole est très concentré. Un nombre réduit d'entreprises dominent la production et le marché : il convient de multiplier les investissement de manière afin de briser les tendances monopolistiques.La privatisation des entreprises d'Etats ou parastatales - production de caju, de thé, de citron - représente pour les investisseurs une opportunité qu'ils pourraient saisir. Il faut aussi renforcer les liens entre l'agriculture familiale (de subsistance) et l'agriculture commerciale tout en prévenant les conflits de distribution des terres. Il s'agit non seulement de stimuler l'exportation des produits clés que sont le coton, le thé et le caju, le coprah, les agrumes et les produits forestiers (bois) mais aussi d'assurer les besoins alimentaires de l'ensemble de la population. Il reste à savoir dans quelle mesure une relance de l'économie agricole comptant sur des investissement étrangers est conciliable avec les aspirations et les besoins des petits producteurs locaux, dont la vie agricole est orientée vers une économie de subsistance, dans le contexte d'un marché international fortement tendu.

La responsabilité internationale

A cet égard, Oxfam relève que les politiques agricoles promues par la banque mondiale et le FMI ont exacerbé l'exclusion économiques des pauvres et compromet d'avantage leur sécurité alimentaire. Certes, une réforme agraire était nécessaire, reconnaît Oxfam, en raison de l'inefficacité des structures étatiques, mais l'application des schémas libéraux - privatisation, intégration dans le marché mondial - sans tenir compte des contextes locaux et surtout sans prendre en considération la situation concrète des paysans pauvres et sans analyse d'impact préalable, a conduit à une vulnérabilité croissante des exploitants agricoles dans l'ensemble de l'Afrique australe.

Pour Oxfam, les donateurs, (banque mondiale et FMI) devraient suspendre les conditions de prêt impliquant une plus grande libéralisation de l'agriculture et effectuer des analyses d'impact social et sur la pauvreté des réformes agraires libérales. Ils devraient soutenir les systèmes étatiques développés au Mozambique notemment pour garantir la sécurité alimentaire et prévenir les famines et reconnaître aux gouvernements leur rôle spécifique dans la réforme des marchés agraires soutenant le développement rural. Une politique orientée vers la diversification agricole, les prestations de crédits et le développement d'infrastructure de commercialisation et distribution, la stabilisation des prix et les institutions offrant des services d'informations efficaces est recommandée. Oxfam constate que les pays donateurs ont promis, jusqu'à présent, moins d'un quart des vivres demandés par le Programme d'Alimentation mondiale (World Food program). En outre, Oxfam réclame la suspension des remboursement des dettes et propose le soutien, par les pays industrialisés, d'une "boite de développement" dans l'accord de l'OMC sur l'agriculture. Ces dispositions permettraient aux pays pauvres de protéger leurs cultures de base dans un objectif de sécurité alimentaire et de protection de l'économie rurale locale. Oxfam dénonce enfin le dumping agricole, mené par la Communauté européenne et les USA, sur les marchés mondiaux. Les dirigeants des pays riches, qui contrôlent les décisions des institutions internationales, n'hésitent pas à favoriser par des subventions, leurs propres exploitations agricoles, accroissant ainsi le déséquilibre nord/sud.

P. Deramaix


Sources