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Sélection de nos articles

une internationale paysanne : Via Campesina

Vía Campesina est un mouvement international composé d'organisations paysannes de petits et moyens agriculteurs, de travailleurs agricoles, de femmes ainsi que par des communautés indigènes d'Asie, d'Afrique, d'Amérique et d'Europe. C'est un mouvement autonome, pluraliste et politiquement indépendant.

Sa création à Managua remonte à avril 1992. En mai 1993, la première Conférence internationale de Vía Campesina, à Mons (Belgique), établit le mouvement comme organisation mondiale, définit ses structures et élabora ses premières orientations stratégiques.

Il s'agit d'une organisation politiquement complexe, multiculturelle et de grande envergure géographique qui se profile comme un mouvement hautement représentatif des petits et moyens producteurs sur le plan mondial. Sa principale structure de décision est la conférence internationale qu'elle organise tous les trois ans.

Vía Campesina développe un travail syndical et politique, mais développe aussi une expertise économique et technologique. La communication, et laformation sont aussi des axes de travail. Elle aborde au cours des conférences des questions telles que la souveraineté alimentaire, la réforme agraire, le crédit et la dette externe, les technologies, la participation des femmes, le développement rural, etc

sites web

sites visités en 2011

site web de Via Campesina :
http://www.viacampesina.org/

présentation du mouvement des paysans sans terre, du Brésil, pa l'ongr Frère des Hommes

site web du MST : Movimento dos Trabalhadores rurais Sem terra, Brasil.


entretien avec Ossemane Ismael, in Globo, n°3
(format pdf)

Mozambique : les effets de la crise alimentaire, sur Oxfamsol.be.


sur la loi de la terre (1997) : in Mozambique Peace process bulletin, septembre 1997 : AFTER NGO LOBBYING, NEW LAND LAW INCREASES PEASANT RIGHTS

THE MOZAMBICAN LAND CAMPAIGN, 1997-1999
by Professor Dr José Negrão, (1999) Land Campaign National Coordinator -

luttes paysannes au Mozambique

Patrice Deramaix


paysannes du mozambique - gravure

Au Mozambique, l'agriculture est majoritairement familiale et de subsistance. Seuls 20 % des cultivateurs sont ouvriers dans une exploitation dédiée aux produits d'exportation comme le thé, le coton ou le tabac, les autres, soit 80 % de la population rurale, cultivent leur propre parcelle, se livrant à la culture du millet, de manioc, de sorgho, de cassava, de noix de cajou ou d'agrumes. Le basculement dans l'économie de marché rend incertain l'avenir de la plus grande partie de la paysannerie mozambicaine, qui pourtant se mobilise et résiste.

Après l'indépendance en 1975, l'orientation socialiste du Frelimo avait suscité les espoirs : la nationalisation des terres, la mise en place de coopératives et l'expérience des villages communautaires auraient pu être les facteurs d'un développement rural durable. Mais la guerre entraîna la destruction de toute l'infrastructure sociale et économique, provoquant une exode rurale massive et consécutivement une baisse drastique de la production. A la fin des années 80, dans la perspective d'une pacification du pays et en conséquence de l'effondrement des régimes communistes, le Frelimo abandonna l'option marxiste de son programme et réorienta le pays vers l'économie de marché. Les bailleurs de fond internationaux, comme le FMI, ne manquèrent pas de préconiser les mesures d'ajustement structurels néolibérales bien connues. La libéralisation de l'économie eu pour conséquence première de permettre un approvisionnement normal des marché, marquant la fin des périodes de pénurie qui paralysait et démotivait les producteurs. Mais cette abondance s'accompagna, avec la libération des prix, d'une augmentation du coût de la vie, et de la nécessité, pour les producteurs, de se mettre en phase avec la concurrence internationale. Pour la majorité des paysans, les bénéfices du libéralisme restent hors de leur portée.

C'est dans ce contexte que en 1987, que le réseau national des coopératives, alors largement encouragées par le gouvernement, organisé une réunion de réflexion sur l'avenir du mouvement coopérativiste dans l'économie de marché. Rapidement, il apparut la nécessité d'une organisation nationale de la paysannerie regroupant les agriculteurs, coopératives de production et associations locales et régionales : l'idée d'une Union Nationale des associations paysannes (UNAC) était née. Nous avons pu rencontrer, lors des " 40 ans pour un autre monde " organisés par Oxfam, Ismael Ossemane, représentant et responsable de l'UNAC. Ismael Oussemane

Rappelant les circonstances de la création de l'UNAC, Ismael Ossemane souligna que " La fin de guerre apporta un grand soulagement et joie. La paix eu un grand impact dans la vie quotidienne. Mais dans l'esprit des paysans la nature du système économique - socialiste ou capitaliste - était de peu d'importance dans la mesure où cela n'influençait pas sur leur situation concrète. La réalité pour eux était la fin des pénuries pour les produits de première nécessité. Mais en fait, on entrait dans une économie de marché. La population rurale ne s'aperçut pas immédiatement de ce changement parce que le parti Frelimo continue à être dominant, mais au long des années, les choses deviennent plus claires pour eux. Après surgit la conscience d'une plus grande liberté mais la politique économique impose une productivité plus grande pour pouvoir acheter les biens de consommation. La politique néolibérale finit par avoir des effets négatifs pour les paysans. C'était la " liberté dans la pauvreté ". Les riches dominent à la place du parti. " (note 1)

L'UNAC compte un peu près 65.000 membres actifs, mais il concerne en fait une population beaucoup plus large qu'il défend face aux investisseurs, à l'Etat, aux pouvoirs économiques et aide pour l'obtention des crédits ou la résolution de conflits ou de problèmes résultat de l'attribution des terres. A l'indépendance, le gouvernement avait aboli la propriété privée des terres. Cette disposition n'est pas abrogée, officiellement, mais dans le cadre de la privatisation économique, le gouvernement concède aux investisseurs et exploitants des concessions de longue durée.

Sous la pression néolibérale, l'Etat mozambicain favorise les investissements étrangers, accueille des exploitants agricoles capable d'assurer la production des produits agricoles d'exportation, mais laisse de côté, pour ainsi dire, le sort des paysans pauvres et des petits cultivateurs. Ceux-ci peinent à obtenir les crédits et à s'intégrer dans une économie désormais globalisée. Dans de nombreux cas, et en raison des déplacements de la population provoqués par la guerre ou les inondations, des paysans furent amenés à occuper et exploiter spontanément des terres non cultivées et non redistribuées. Le risque était grand de voir, en raison d'une redistribution non maitrisée des terres par le gouvernement, ces populations spoliées du jour au lendemain de leur outils de production. C'est pourquoi l'UNAC lutta, avec d'autres associations et avec l'appui d'ONG, pour une reformulation plus favorable aux petits paysans de la législation sur les terres. Cette législation reconnaît le droit à l'occupation des terres : les paysans qui travaillent une terre depuis dix ans peuvent en exiger le titre de propriété. De même les femmes sont mieux protégées contre le droit coutumier qui, dans certains cas, les excluait par exemple du bénéfice d'un héritage. Oussemane salue le succès de ce combat mais reste réservé quant à l'avenir : "l'application de la loi reste imparfaite, des problèmes de corruption apparaissent et la concession des terrains ne respectent pas les règles. Si la situation actuelle est relativement contrôlée, le péril reste cependant présent pour l'avenir dans la mesure où le pouvoir, de caractère actuellement néo-libéral, accorde beaucoup d'attention aux gros investisseurs ".

La protection des petits agriculteurs ne fait pas l'unanimité au Mozambique qui subit la pression des investisseurs étrangers. Le ministre de l'agriculture serait favorable à la privatisation des terres et les opposants à la législation s'organisent au sein du gouvernement. (note 2)

Dans ce combat inégal dans laquelle les paysans ne cessèrent pas de rappeler les avantages de la propriété étatique des terres agricoles, il était indispensable de globaliser la résistance. Des contacts furent noués avec le mouvement brésiliens des paysans sans terre, dans le cadre du forum social mondial et sous l'égide de Via Campesina. Une délégation brésilienne se déplaça à Nampula, où ils eurent l'occasion d'exposer leur propres méthodes pédagogique et de mobilisation des cultivateurs. Les échanges furent d'autant plus fructueux que, à la communauté de langue, s'ajoutait la similitude des expériences de terrain et des conditions sociales. De même, les paysans mozambicains furent présents au forum social mondial de janvier 2004 qui se tint à Mumbai (Inde).

Même si on peut considérer avec optimisme l'émergence du mouvement paysan, Ismael Ossemane se refuse à se faire d'illusion : " la situation des travailleurs empire " et nous vivons une période " de calme avant la tempête " affirme-t-il. " La lutte s'intègre dans une résistance globale à la mondialisation néolibérale et nécessite un combat mené sur plusieurs fronts "

Résistant déterminé à la globalisation néolibérale, Ismael Ossemane se fait ici le porte-voix de millions de paysans mozambicains en marge de la croissance économique accélérée du Mozambique, croissance dont les bénéfices restent dans les mains d'une minorité. En terme de développement humain, le Mozambique reste en queue de peloton international, étant en 2003, 170e sur 175 pays avec un indice de développement humain de 0,356 (note 3). L'action de UNAC est déterminante pour la mise en place d'un développement durable, centré sur les besoins réels de la population et impliquant la population dans la défense de ses droits. En collaboration avec Oxfam-solidarité, l'UNAC s'engage dans un programme de mobilisation des paysans, de démocratisation et de participation dans les campagnes couplé à une action de lobbying politique destiné à contrebalancer l'impact négatif d'une mondialisation mal maîtrisée.

notes

(1) propos recueillis et synthétisés par E. Bonnet et P. Deramaix. 24-04-2004

(2) voir aussi : entretien avec Ossemane Ismaël, propos recueillis par Wim de Neuter, in Globo n°3

(3) source : PNUD : http://hdr.undp.org/reports/global/2003/francais/index.html