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une sélection de nos articles


les industries du cajou.

Le Caju de Moçambique réunissait sous gestion de l'Etat sept des unités industrielles qui constituaient le parc national du cajou durant l'ère coloniale (trois unités étaient établies à Maputo, les quatre autres réparties dans les provinces de Gaza, Inhambane, Sofala et Nampula ) sur un total de 11 fabriques en activité et trois en cours d'installation. Le Caju de Moçambique joua aussi le role de holding pour les entrperises non nationalisées.

Après l'indépendance, le Mozambique a en fait conservé un assez large secteur privé. Relativement peu d'entreprises ont été nationalisées, mais de nombreuses entreprises furent abandonnées par les colons au moment de l'indépendance. Beaucoup d'entre eux craignaient, à tort, une oppression "marxiste" et préférent fuir, en sabotant si possible, l'outil de travail.

En outre, des entreprises privées continuaient à fonctionner : Dans la province de Nampula, la Compagnie du Cajou de Monapo appartenait au groupe Entreposto ; les deux fabriques de Anglo America (appartenant à l'Anglo American corporation fo South Africa). Ces dernières furent délaissées en 1981 par leur propriétaires qui appliquaient les sanctions sud-africaines contre le Mozambique.

La Socaju, du groupe portugais CUF ; la Compagnie de Angoche et enfin l'Inducaju, une société à responsabilité limitée (SARL) qui entra en fonctionnement après l'indépendance. Cette entreprise adopta les méthodes indiennes de décorticage manuel.

Sur proposition du Secrétaire d'Etat du Cajou, organisme dépendant du ministère de l'Agriculture, la Commission nationale des salaires et des prix approuvait au début de chaque saison de récolte les prix à appliquer à la commercialisation du cajou. On établissait les prix minimum à pratiquer à l'achat auprès du cultivateur-cueilleur et les prix à pratiquer par l'industrie, à la porte des fabriques, ou par les agents des fabriques.

la chaîne du cajou

Au Mozambique, les noix de cajou sont cultivées entièrement par des familles paysannes principalement dans les zones côtières. Le recensement de 1996-97 montra que 26 % des familles rurales possédaient des anacardiers et 16 % possédaient plus de 10 arbres. Même 10 % des familles urbaines possédaient des anacardiers.

L'anacardier produit un fruit dont l'amande, comestible, est enfermée dans une coque dure qui doit être cassée pour obtenir la noix de cajou.

le processus comprend 5 étapes

Il faut prendre en considération que la coque contient un suc corrosif et ne peut être manipulé à mains nues

La production industrielle ou légère doit maximiser la qualité de ce produit de luxe donc le nombre de noix intactes et claires.

Des considérations de santé et de sécurité, ainsi que la nécessité d'un contrôle rigoureux de qualité, a suscité la croissance de grosses unités de décorticage au Mozambique. Les noix y sont brisées mécaniquement au marteau ou dans quelques cas au couteau. Dans tous les cas, les amandes sont pelées et triées manuellement.

d'après J. Hanlon, Power without responsability.

La bataille du cajou (2)

de l'ère coloniale au socialisme

P. Deramaix

suite de : le cajou dans le marché mondial

noix de caju

Depuis 1930, l'exportation de noix de cajou brute vers l'Inde, qui développait son industrie de décorticage, a contribué au développement du Nord et du Sud du Mozambique dans une relative autonomie par rapport au pouvoir colonial. Ce développement bénéficia aux commerçants indiens établis au Mozambique depuis plusieurs siècles. (note 1)

C'est depuis les années 1950, au moment où les Portugais commencèrent à installer des usines de décorticage, que l'on constate un conflit d'intérêt entre les commerçants exportateurs du cajou et les entrepreneurs industriels.

À la fin de la période coloniale, la noix de cajou représentait la principale source de recette d'exportation, avec le coton et le sucre. L'introduction des méthodes mécaniques de décorticage, associée à une politique protectionniste, avait permis de lancer une filière dynamique capable de compléter l'exportation vers l'Inde d'une commercialisation, beaucoup plus rentable, de noix décortiquées. Ce protectionnisme aboutit à briser le monopole détenu par l'Inde dans le traitement de la noix de cajou. En 1972-73, la production de cajou était suffisante pour approvisionner les industries locales de décorticage de sorte que le Mozambique pouvait se prévaloir de 24.000 tonnes de cajou traités tout en exportant vers l'inde 73.000 tonnes de cajou brut.

A l'indépendance, la nationalisation des terres et une politique socialiste devaient permettre au pays de sortir en dix ans du sous-développement. En matière de commercialisation du cajou, le gouvernement adopta une politique protectionniste en interdisant l'exportation vers l'Inde de noix brute et chercha à garantir l'approvisionnement des unités de décorticage, au préjudice des circuits traditionnels d'exportation.

Cependant, même si on observe de 1978 à 1981 une relative relance de la production de cajou, les années qui suivantes verront une diminution de 81,7 % de la production.

On a mis en cause le démantèlement des circuits commerciaux coloniaux au profit d'une gestion centralisée. Ce qui allait provoquer l'abandon des cantines d'approvisionnement permettant l'accès des paysans aux biens de consommation indispensables. Ecartés du marché, les paysans furent démotivés et cessèrent de commercialiser leur production de cajou préférant pallier les insuffisances alimentaires par leur autoconsommation. De plus, la politique de regroupement dans les villages communautaires et les mouvements de population consécutives à la guerre civile ont contribué à l'abandon des cultures d'anacardier et à une diminution de leur productivité du fait du vieillissement des arbres dont la plantation date souvent de l'ère coloniale. Mais la raison principale du déclin de la production fut la guerre menée par la Renamo. Ce n'est plus seulement une démotivation des paysans qui freina la production du cajou, mais la destruction de toute l'infrastructure économique, le déplacement forcé des populations, les horreurs d'une guerre sans merci qui provoquèrent un exode rural massif. Il fallut peu d'années pour que la plus grande part des entreprises de décorticage soient paralysées et que la production de cajou chuta de manière catastrophique.

L'industrie mozambicaine faisait face à des difficultés financières et techniques et accusait une perte de productivité telle que, même réduite par rapport aux années précédentes, la production agricole de noix brute ne pouvait plus être absorbée par l'industrie nationale. Il faut cependant remarquer que nombre d'entre elles relevaient du secteur privé, soutenu via le holding du Caju du Moçambique, par l'état. Durant la période socialiste, les salaires furent relevés et des avantages sociaux accordés aux travailleurs et travailleuses qui bénéficiaient de crèches, de classes d'alphabétisation et de facilités en cas de maternité (note 2). Les directeurs des entreprises nationalisées purent maintenir l'outil en fonctionnement mais ne purent consentir à de nouveaux investissements. De plus, la guerre en zone rurale empêchait les transports et la distribution des marchandises.

Une telle situation amena le gouvernement à rompre, en 1990-91, avec le protectionnisme et à permettre de nouveau l'exportation vers l'Inde. En 1992, le rétablissement de la paix au Mozambique s'accompagna de modifications fondamentales de la ligne gouvernementale, en corrélation avec les mutations géopolitiques de 1989-1990 : effondrement du communisme et abolition de l'apartheid en Afrique du Sud. L'heure était venue au Mozambique pour le libéralisme.

notes

  1. Nous résumons principalement ici l'article de Joana Leite, "A guerra do caju e as relaçoes Moçambique-India na epoca pos-colonial", in Lusotopie, 2000.
  2. J. Hanlon, Power Without Responsibility, in Review of African Political Economy 83 March 2000

suite et fin du dossier :

    Les voies étroites du libéralisme

sources et liens

CNUCED : Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement.
le marché de l'anacarde

Joana Pereira Leite,
A guerra do caju e as relações Moçambique - Ìndia na época pós-colonial , in Lusotopie 2000, pp. 295-332 (doc à télécharger)

la noix de cajou africaine
Courrier ACP-UE, n°196 - janvier-février 2003 (doc pdf)

Power Without Responsibility: the World Bank and Mozambican Cashew Nuts , J. Hanlon, Review of African Political Economy 83 March 2000

A Regulamentação de Comercialização da Castanha de Caju: Como Torná-la um Instrumento Revitalizador do Sub-Sector Cajueiro em Moçambique? Jan Low, Higino de Marrule, Duncan Boughton, e Raúl Pitoro*, in Flash, 14 août 2001. Ministère de l'Agriculture et du développement rural, Mozambique

Género, Mercados e Meios de Sustento no contexto da Globalização: Um estudo do sector da castanha de caju em Moçambique Janeiro 2002-Junho 2004, Université Eduardo Mondlane, Maputo

Margaret McMillan, Dani Rodrik, Karen Horn Welch, When economic reform goes wrong : cashew in Mozambique, NBER working paper serie, 9117
le texte est aussi disponible à : www.eldis.org/

la noix de cajou : aliment vedette, in science vie alimentation

crédit photo : Centro de formação fotográfica - extraite de Indico n°11, mars 1991