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une sélection de nos articles


anacarde et noix de cajou

L’Afrique, l’Inde et l’anacarde / par Jérôme Adjakou Badou/InfoSud-Syfia

La suprématie de l’Inde dans le secteur de l’anacarde est écrasante : elle est à la fois le premier producteur mondial (375 000 tonnes en 2001-2002), le premier transformateur de noix de cajou (600 000 tonnes par an) et le premier exportateur (100 000 tonnes par an). La production mondiale des noix d’anacarde se chiffre à 1.178 million de tonnes en 2001-2002. La part de l’Inde dans cette production est de 32 %. L’Afrique ne représente que 28 %. Les principaux producteurs du continent sont la Tanzanie (8 % de la production mondiale), la Guinée-Bissau (8 %), la Côte d’Ivoire (6 %), le Mozambique (3 %) et le Bénin (3 %). Depuis quelques décennies, la part de l’Afrique a baissé. Entre 1950 et 1970, le continent noir fournissait 70 % de la production mondiale de noix de cajou. Cette baisse tient d’abord aux difficultés de la Tanzanie et du Mozambique dans les années 70 et 80. D’autres problèmes affectent aujourd’hui l’anacarde africaine : manque de matériel végétal performant, attaques parasitaires, feux de brousse, mauvaise gestion, suprématie d’oligopoles formés pour la plupart des sociétés indiennes qui dictent leur loi aux acteurs locaux… Les USA et l’Europe représentent 75 % des importations mondiales de noix de cajou décortiquées qui sont essentiellement grignotées à l’apéritif comme amuse-bouche.

encadré in "la noix de cajou africaine", in le Courrier ACP-UE - n° 196 janvier-février 2003

production de noix de cajou au Mozambique de 1970 à 1997 (em 1 000 tonnes) - chiffres du secrétaire d'Etat au Cajou, 1998

année
1000 tonnes
1970
145
1975
160
1980
185
1985
29
1990
22
1995
33
1997
43

La bataille du cajou

Le cajou dans le marché mondial

P. Deramaix

En 1972, le Mozambique était, avec près de 216.000 tonnes/an le plus gros producteur de cajou, devançant la Tanzanie et l'Inde, mais très rapidement, la production mozambicaine a baissé de manière dramatique. La crise du caju mozambicain est multifactorielle. Cette dernière décennie, le cajou mozambicain fut l'occasion d'une confrontation à la fois économique et politique. Etait en jeu la situation économique des paysans et le devenir d'une filière industrielle essentielle au pays au nom duquel le Mozambique dut faire face à un "adversaire" de taille : la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Pour comprendre cette "guerre du cajou" révélatrice des contradictions de la globalisation économique, nous devons d'abord situer la production et la commercialisation du cajou dans son contexte international.

Les données que nous résumons dans cette première partie proviennent essentiellement de la CNUCED

Lorsqu'on considère le marché mondial du cajou, on constate que l'Inde occupe la place prédominante assurant 31,2% de la production mondiale en 2001. Mais depuis quelques décennies, de nouveaux intervenants entrent en jeu : en 1961, trois pays détenaient 84 % des parts du marché mondial : le Mozambique, la Tanzanie, l'Inde. Aujourd'hui ces trois pays n'occupent plus que 42 % d'un marché mondial où le Vietnam et le Nigéria jouent un rôle plus important. Le marché mondial du cajou se partage entre des pays producteurs de plus en plus nombreux et la production, depuis une trentaine d'années, se déplace de l'Afrique vers l'Asie.

Dans ce tableau, l'Inde occupe une place particulière. Ce pays gros producteur de cajou s'est spécialisé dans la transformation de ce produit. L'Inde importe d'Afrique le cajou non décortiqué pour exporter vers les pays industrialisés les noix décortiquées. La part de l'Inde dans le commerce mondial de la noix de cajou décortiquée diminue cependant : 94,5% des exportations de noix décortiquées provenaient d'Inde en 1961, contre 46,4% en 2000. Cette situation place l'Inde dans une position stratégique au point que les importations mondiales et des importations indiennes sont fortement corrélées. C'est aussi l'Inde qui capture la majeure partie de la valeur ajoutée de ce produit qui se négocie (en 2000) à 858 dollars/T à l'importation pour 5125 dollars/T à l'exportation.

La noix de cajou (décortiquée) est importée essentiellement par huit pays. Ce sont tous des pays industrialisés : l'Allemagne, l'Australie, le Canada, la France, le Japon, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, ils représentent 90,5% des importations mondiales de noix de cajou.

suite du dossier :

    Le cajou de l'ère coloniale au socialisme

    Les voies étroites du libéralisme

l'anacardier

L'anacarde, noix de cajou, est le fruit d'un arbre originaire du Brésil, de la même famille que le pistachier ou le manguier : l'anacardier (Anacardium occidentale). Les indiens Tupi du Brésil le nommaient "Acaju" (à ne pas confondre avec le bois acajou utilisé en ébenisterie), sous l'influence portugaise, ce nom deviendra "caju". L'anacardier est aujourd'hui exploité dans de nombreux pays tropicaux d'Amérique, d'Afrique et d'Asie pour ses noix qui sont employées aussi bien en industrie agroalimentaire qu'en pharmacologie ou en cosmétologie.

La pomme cajou (qualifiée de "'faux fruit") se développe à partir du pédoncule est aussi comestible. D'un goût acidulé, la chair, très riche en vitamine C, est cependant très astringente. Des feuilles et de l écorce sont tirées différentes substances utilisées depuis des siècles pour leurs propriétés médicinales.

La noix de cajou se présente comme une amande réniforme de deux à trois centimètres, blanchâtre et de goût agréable. Elle peut être consommée grillée, nature ou salée, en cuisine ou en confiserie dans l'industrie chocolatière par exemple. Oléagineuse, on en extrait une huile utilisée en industrie cosmétique et pharmacologique. Elle est entourée d'une coque résistante dont on extrait une résine toxique et caustique, le CNSL (Cashew Nut Shell Liquid). Ce baume brun rouge foncé est utilisé dans l'industrie du cuir comme tannin mais a aussi d'autres applications industrielles, comme lubrifiant, matériau isolant ou entrant de la fabrication de vernis.

Le bois de l'anacardier est très résistant à l'eau. Il entre dans la fabrication de canots, de pirogues et d'autres embarcations flottantes. L'anacardier est largement utilisée en pharmacopée traditionnelle. Ses usages varient selon les régions.

Le fruit est antidiarrhéïque et rafraîchissant. La racine est purgative. L'huile de la coque est caustique et vésicante s'utilise contre les cors;les verrues, les eczémas et le psoriasis.

les produits de l'anacardier

la noix de cajou est commercialisés sous deux formes :

brut - non décortiquée - en vue d'un retraitement par une entreprise de décorticage. L'Inde est classiquement le pays importateur de noix de cajou brut

décortiquée - prête à la consommation. C'est la noix débarassée mécaniquement de sa coque, nettoyée et grillée. Selon sa qualité, elle peut être destinée à la consommation directe, en fruit sec, ou entrer comme ingrédient dans l'industrie agroalimentaire de biscuits, de patisserie.

de la noix de cajou on peut tirer deux sous produits :

  1. la résine de cajou : CNSL (Cashew Nut Shell Liquid) et les résines à base de cardanol. Cette résine toxique et vésicante est utilisée en industrie comme lubrifiant, comme vernis et résine. Ses propriété insecticides antitermites le rendent précieux dans l'industrie du bois.
  2. l'huile d'anacarde, extraite de la noix comestible, est utilisée en diététique, en pharmacie et en cosmétique

L'anacardier (le faux fruit, les racines) fait partie de la pharmacopée traditionnelle comme antidirrhaéique, antiscorbutique, et contre l'asthme. En Afrique on l'utilise contre le malaria et pour les tatouages. Au Mozambique, la population tire du fruit une boisson fermentée appelée Xicaju. Une eau-de-vie de caju est aussi produite dans le Nord du pays.

sources et liens

note : les liens ont été visités au moment de la rédaction du texte, il peuvent être obsolètes.

CNUCED : Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement.
le marché de l'anacarde

Joana Pereira Leite,
A guerra do caju e as relações Moçambique - Ìndia na época pós-colonial , in Lusotopie 2000, pp. 295-332 (doc à télécharger)

la noix de cajou africaine
Courrier ACP-UE, n°196 - janvier-février 2003 (doc pdf)

Power Without Responsibility: the World Bank and Mozambican Cashew Nuts , J. Hanlon, Review of African Political Economy 83 March 2000

A Regulamentação de Comercialização da Castanha de Caju: Como Torná-la um Instrumento Revitalizador do Sub-Sector Cajueiro em Moçambique? Jan Low, Higino de Marrule, Duncan Boughton, e Raúl Pitoro*, in Flash, 14 août 2001. Ministère de l'Agriculture et du développement rural, Mozambique

Género, Mercados e Meios de Sustento no contexto da Globalização: Um estudo do sector da castanha de caju em Moçambique Janeiro 2002-Junho 2004, Université Eduardo Mondlane, Maputo

Margaret McMillan, Dani Rodrik, Karen Horn Welch, When economic reform goes wrong : cashew in Mozambique, NBER working paper serie, 9117
le texte est aussi disponible à : www.eldis.org/

la noix de cajou : aliment vedette, in science vie alimentation