"le Grand Hôtel "

Licino Azevedo récompensé à Bruxelles pour son documentaire "Hóspedes da noite"

 

Licinio Azevedo, à Bruxelles, 21 avril 2008

au festival des cinema africains à Bruxelles.

Organisé depuis 2005 par l'association Afrique Taille XL, le Festival des cinémas africains offre chaque année un éventail coloré de la créativité des cinéastes africains. Fictions, documentaires, films d'art, films d'engagement et de divertissement, tout concourt à donner de l'Afrique l'image qu'elle mérite : celle d'un continent aux richesses culturelles et humaines immenses, celle d'un peuple construisant avec lucidité et détermination son Histoire et sa culture. Cette année, la quatrième édition du Festival a honoré tout particulièrement Licinio Azevedo. Cinéaste mozambicain (né au Brésil, résident au Mozambique depuis l'indépendance), Licinio Azevedo se fait connaître par des documentaires empreints d'un humanisme sans concession, portant un regard acéré sur la réalité sociale mozambicaine. C'est un cinéma de combat qu'il nous livre, dans un langage cinématographique construit dans l'effervescence révolutionnaire des années 1975-1985, et qui hérite aussi bien du réalisme godardien que de la dramaturgie pasolinienne. Car s'il s'enracine au coeur de la réalité la plus crue, Azevedo se refuse au voyeurisme du reportage journalistique. Les personnes - paysans, enfants, femmes, travailleurs ou chômeurs, réfugiés jetés par la guerre dans les marges des villes - dont il expose le destin, ne sont pas des figurants anonymes. Souvent acteurs jouant leur propre rôle et luttant pour une survie précaire, ils participent de manière active à la création du film, ils portent leur nom, relatent leur histoire, évoquent leur destin et leurs espoirs... Azevedo, avec son équipe, s'efface alors devant le tissu d'événements que son équipe filme, catalysant parfois un processus cathartique à forte charge émotionnelle. Avec Hóspedes da noite, il signe un petit chef-d'oeuvre, qui fut d'ailleurs primé au terme de ce 4e Festival qui récompensa dans ce film "son parti pris sans complaisance et son regard audacieux sur un microcosme universel".

Hóspedes da noite, ce sont les "hôtes de la nuit" de ce vaste et luxueux hôtel colonial de Beira abandonné depuis 30 ans. Aujourd'hui en ruine, sans eau courante ni électricité, il abrite des caves au combles 3000 personnes, réfugiés de guerre ou sans-abris, vivant dans des conditions les plus précaires. Images de la misère, ce film l'est certainement, mais c'est avant tout une image de la capacité de résilience des laissés-pour-compte de la politique libérale du Mozambique. On y voit par exemple un tribunal établi dans les lieux réglant, avec tact et humanisme, les conflits de voisinage. Des lieux de culte, musulman ou chrétien, y sont le réceptacle des espérances. Des enfants jouent mais étudient aussi, se rendant aux écoles voisines. Un professeur d'université, dont le salaire dérisoire ne lui permet pas d'acquérir un logement, vit et travaille dans une des caves de l'hôtel. Les femmes, belles et dignes, résistent à la déchéance... Un film a voir, dont on espère que le prix reçu permettra sa diffusion en Belgique.

Patrice Deramaix

 

regard sur le cinéma mozambicain

 

 

 

" Le grand hôtel " de Licinio Azevedo - une leçon de vie

Un éloge à la vie où la vie est plus forte que tout. Le cinéaste Licinio nous dépeint ce labyrinthe délabré d'un grand hôtel abandonné à son destin. Tout y pousse, tout éclabousse et même les pores des murs hurlent la pauvreté et la faim. Néanmoins la vie y grouille plein d'éclats, de heurts et de conciliations.

Grand hôtel, grande misère. Nombreuses chambres, nombreuses gens. Promiscuité dérangeante, place à tous et coin pour chacun. Deux hommes sages déambulent d'une pièce à l'autre, d'une suite à une montée d'escaliers, d'une salle à un autre étage. Ils conversent sur le passé de ce palace jadis prestigieux et s'en souviennent avec une tendre nostalgie. Les enfants bruyants de vie règnent sur les couloirs, les terrasses et les escaliers. Et la faim et la pauvreté s'offrent à nous en toute dignité au premier plan.

Pendant que les femmes s'entretiennent de souvenirs, des jeunes gens se font des projets d'avenir et deux hommes nous parlent de situations vécues dans cet hôtel de luxe d'antan. Un comité de sages dénoue les conflits en toute impartialité. Un ordre de vie y est respecté tandis qu'une musicalité rythmée de couleurs à palette beige, brun sombre et rouge résonne aux cris de douleurs et d'horreur. On y rit, on y pleure. Les femmes et les enfants se déplacent dans des plans qui se coupent, se chevauchent et s'interposent. Des strates de pièces, de sens et de sons envahissent cet espace, nommé depuis toujours le grand hôtel " Hóspedes da noite ". Merci pour cette leçon de vie.

C.J. une spectatrice de Bruxelles.

 

 

 

 

 

 

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